Texte: 

  • Laetitia Grimaldi

Photos: 

  • Francesco Spallacci

Oser parler sexualité… là aussi

De plus en plus, les questions entourant les troubles de la sexualité se posent, s’invitent et s’anticipent dans les consultations médicales. Tour d’horizon en direct des HUG.

ONCOLOGIE

La sexualité, l’une des façons de reprendre le fil de sa vie

« Les progrès ont des conséquences importantes que l’on doit parfois apprendre à gérer, et la sexualité en fait partie, alerte le Pr Pierre-Yves Dietrich, responsable du service d’oncologie. Si l’espérance de vie des patients atteints par un cancer ne cesse de s’allonger, la maladie et ses traitements abîment souvent le corps, parfois en touchant aux lieux de la féminité ou de la virilité. L’estime de soi et la sexualité n’en sortent pas indemnes. » En 2010, le service d’oncologie des HUG a donc pris les choses en main en créant un groupe multidisciplinaire (douze services sont à ce jour impliqués) et interdisciplinaire (alliant médecins, infirmières, psychologues, sexologues, etc.) pour mieux aider les patients. « Par manque de formation, de temps, par gêne ou par pudeur, les soignants peuvent être démunis face à ce sujet, qui est pourtant crucial », estime la Dre Marie-Laure Amram, médecin associée au service d’oncologie. Un nouveau projet du groupe Médecine sexuelle et cancer a été lancé il y a un an. L’idée : poursuivre la formation des soignants et mieux cerner les besoins des patients et de leurs proches.

 

CARDIOLOGIE

Des troubles de l’érection à ne pas négliger

Parler de sexualité à son cardiologue ? Dans certains cas, cela peut sauver la vie. « Des troubles de l’érection chez un quadragénaire peuvent être l’indice d’une maladie cardio-vasculaire susceptible de provoquer un accident cardiaque des années plus tard », prévient le Pr François Mach, médecin-chef du service de cardiologie. La raison : un dysfonctionnement des cellules dites « endothéliales », souvent causé par le tabac, le surpoids, le manque d’activité physique. Au niveau du pénis, un mauvais fonctionnement de ces cellules bloque l’érection. Ailleurs dans le corps, cela peut favoriser l’athérosclérose, autrement dit le dépôt de graisse dans les artères, cause majeure d’infarctus. Quant au potentiel danger de l’activité sexuelle sur le cœur ? « Comme toute activité physique, elle constitue un risque pour les personnes prédisposées, mais il est faible : 1 % seulement des cas d’infarctus sont liés aux rapports sexuels, tandis que 3 % sont dus à un accès de colère », révèle le cardiologue.

 

VIH

Plus une question de vie ou de mort, mais de qualité de vie

Parce que la transmission du VIH par voie sexuelle est la plus répandue en Suisse, la sexualité est omniprésente dans les consultations de l’unité VIH / sida. Mais les interrogations sont le plus souvent d’ordre « technique ». « Nous abordons la question de la contamination, du risque de transmission, mais peu la santé sexuelle en tant que telle, reconnaît la Pre Alexandra Calmy, responsable de cette unité. Or cette dimension est fondamentale : grâce aux nouveaux traitements, nous ne sommes plus dans des questions de vie ou de mort, mais de qualité de vie, et la sexualité en fait partie. Les patients bien soignés ne sont plus contagieux – lors de la prise de sang, leur charge virale est dite “indétectable” – mais les peurs persistent. » Pour mieux aborder ces aspects, un projet vient d’être lancé, alliant formation des soignants et questionnaire aux patients infectés par le VIH.

 

ENDOCRINOLOGIE

La testostérone : efficace pour les hommes, indisponible pour les femmes

Troubles hormonaux et sexualité font rarement bon ménage. L’un des fléaux majeurs : le diabète. « Un homme diabétique a trois fois plus de risques d’avoir des troubles de l’érection, révèle le Pr Jacques Philippe, médecin-chef du service d’endocrinologie. Y remédier n’est pas simple : les traitements, le surpoids, la dépression ou les troubles cardio-vasculaires, fréquents en cas de diabète, peuvent perturber la libido. Une prise en charge globale est donc nécessaire. Cela peut passer par une thérapie de couple et la prescription de testostérone. Le traitement fonctionne très bien… chez les hommes. » Chez les femmes, le manque de cette hormone ternit aussi la sexualité, après la ménopause par exemple. Mais à ce jour, aucun médicament leur étant destiné n’existe.

 

RADIOTHÉRAPIE

Des interventions toujours mieux ciblées

Dans le traitement des tumeurs de la prostate, de la sphère gynécologique ou digestive, les rayons de la radiothérapie peuvent parfois toucher les organes sexuels. Mais les effets secondaires à ce niveau sont de moins en moins fréquents. « Les techniques de radiothérapie dont nous disposons nous permettent désormais de traiter les tumeurs avec une précision millimétrique. Pour le cancer de la prostate par exemple, nous parvenons de plus en plus souvent à épargner les structures permettant l’érection et donc à diminuer les effets secondaires du traitement sur la sexualité, explique le Dr Thomas Zilli, médecin adjoint au service de radio-oncologie et référent pour le Centre de la prostate. Mais la sexualité est une dimension complexe qui échappe à la seule logique d’une intervention réussie. C’est la raison pour laquelle nous prônons une prise en charge vraiment multidisciplinaire. »

 

UROLOGIE

Défocaliser la sexualité de la seule notion d’érection

Traitement reconnu et efficace du cancer de la prostate, la prostatectomie (ablation de la prostate) peut mettre en péril la sexualité des hommes, en lésant les nerfs érecteurs du pénis. Collés à la surface extérieure de la prostate, ces derniers doivent parfois être supprimés avec la tumeur, rendant toute érection impossible. « Heureusement, leur préservation a été améliorée grâce à l’emploi du robot da Vinci®, qui permet d’effectuer l’intervention en micro-dissection », indique le Pr Christophe Iselin, médecin-chef du service d’urologie. Et d’ajouter : « Après l’opération, si l’érection est difficile, une prise en charge intégrant une sexothérapie est recommandée. L’idée est notamment de ‟défocaliser” la sexualité et le plaisir de la seule notion d’érection. » Spécificité HUG : une demi-journée par semaine, des consultations sont organisées en présence d’un urologue et d’un sexologue.

 

GYNÉCOLOGIE

Souffrir pendant les rapports sexuels n’est pas normal

Endométriose, vulvodynie (douleurs vulvaires), sécheresse vaginale, kystes peuvent avoir de lourdes conséquences… « Certaines femmes supportent de vives douleurs pendant les rapports et le cachent, par gêne ou par peur de perdre leur conjoint, révèle la Dre Leen Aerts, gynécologue-sexologue aux HUG. Les priorités sont d’améliorer la prise en charge, de l’envisager au maximum multidisciplinaire, avec le conjoint si possible, de trouver des traitements efficaces, mais aussi d’améliorer la formation des soignants, y compris des gynécologues eux-mêmes. »

 

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