Les HUG deviennent le premier centre certifié en Suisse pour l’échographie Doppler du clitoris. Cette technique innovante a pour vocation d’explorer la vascularisation d’un organe encore mal connu et d’améliorer la prise en charge des dysfonctionnements sexuels féminins.
Longtemps cantonnée à une approche essentiellement psychologique, la santé sexuelle des femmes connaît aujourd’hui des avancées diagnostiques majeures. À l’image de l’échographie Doppler du pénis, utilisée depuis des décennies pour sonder les troubles de l’érection, celle du clitoris analyse de manière objective sa vascularisation. Aux HUG, cette technique est désormais intégrée à la pratique clinique et à la formation médicale, grâce à l’obtention récente d’une accréditation de l’European Society for Sexual Medicine (ESSM).
« Le clitoris, tout comme le pénis, est un organe sensitif et vasculaire. Si ses petites artères fonctionnent moins bien, notamment dans un contexte de maladie cardiométabolique, cela peut se traduire par des troubles de l’excitation ou de l’orgasme », explique la Pre Jasmine Abdulcadir, médecin adjointe agrégée au Service de gynécologie et responsable de l’Unité des urgences gynéco-obstétricales des HUG, formée à cette technique par la ESSM Female Ultrasound School (EFUS).
Des enjeux cliniques majeurs
Peu invasive, rapide et peu coûteuse, l’échographie Doppler du clitoris utilise une sonde superficielle, comparable à celle employée pour l’exploration thyroïdienne. Elle évalue la morphologie de l’organe, mesure des paramètres hémodynamiques précis, tels que l’index de résistance ou de pulsatilité, et objective une atteinte vasculaire. Cette approche ouvre des perspectives cliniques importantes, notamment chez les patientes présentant des troubles sexuels, des douleurs clitoridiennes ou des facteurs de risque cardiovasculaire.
En effet, si la dysfonction érectile d’origine vasculaire est reconnue comme un marqueur précoce de maladies cardiovasculaires chez les hommes, cette dimension est encore largement sous-investiguée chez les femmes. « Cet examen échographique pourrait combler ce retard et faire évoluer notre regard sur la santé sexuelle féminine », souligne la Pre Abdulcadir.
L’expertise développée aux HUG s’inscrit par ailleurs dans une trajectoire clinique et scientifique cohérente. En effet, le Service de gynécologie dispose d’une consultation spécialisée de la vulve, son activité en médecine sexuelle est reconnue et il possède une longue expérience dans la prise en charge et la reconstruction clitoridiennes après mutilations génitales féminines ou d’autres conditions du clitoris. L’échographie Doppler joue déjà un rôle clé dans l’évaluation anatomique et vasculaire de certaines patientes ainsi que dans la planification chirurgicale.
Recherche et formation
Parallèlement à l’activité clinique, plusieurs projets de recherche sont en cours, notamment sur la sensibilité clitoridienne et ses liens avec la vascularisation, les facteurs hormonaux et la santé cardiovasculaire. « À l’aide de cette technique, nous serons en mesure non seulement de fournir de meilleurs diagnostics, mais aussi de mieux comprendre un organe encore insuffisamment étudié », relève la Pre Abdulcadir.
Avec cette accréditation ESSM, les HUG figurent désormais parmi les rares centres habilités à former les médecins à l’échographie Doppler du clitoris. Destinée aux gynécologues, endocrinologues, andrologues et urologues, cette formation contribue à structurer un réseau de compétences et à standardiser les pratiques. Une étape décisive pour inscrire durablement la santé sexuelle féminine dans une médecine fondée sur des données objectives.
Texte:
- Fitaire Clémentine
Photos:
- HUG










