Pulsations Réseau de santé, article pour les prestataires de soins

Texte: 

  • Fitaire Clémentine

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  • Getty Images

Mieux détecter les agressions psychologiques envers les femmes

Deux femmes sur cinq sont concernées. Une étude conduite en Suisse romande dresse pour la première fois un état des lieux des violences psychologiques au sein du couple et ouvre la voie à une meilleure prise en charge grâce à un programme de formation inédit.

Menée entre 2017 et 2022, l’étude « Violences psychologiques envers les femmes dans les relations de couple »[1] est le fruit d’une collaboration inédite entre l’Unité interdisciplinaire de médecine et de prévention de la violence (UIMPV) des HUG, le Centre romand de recherche en criminologie de l’Université de Neuchâtel et la Haute école de santé de Fribourg, avec le soutien de la Fondation Oak. Elle repose entre autres sur des entretiens approfondis effectués auprès d’une centaine de femmes victimes de violences psychologiques en Suisse romande. « Le but était de mieux décrire ce que ces femmes avaient vécu et d’en comprendre les conséquences sur leur santé, ainsi que les ressources mobilisées pour y faire face », explique le Dr Emmanuel Escard, responsable de l’UIMPV.

Les résultats mettent en évidence l’ampleur et la gravité de ces violences, qui concernent environ deux femmes sur cinq. Parmi celles-ci, une femme sur deux présentait un trouble dépressif majeur, deux sur trois, un état d’anxiété généralisée et trois sur quatre, un trouble de stress post-traumatique. La sévérité des symptômes augmente par ailleurs avec l’intensité et la chronicité des violences. « Ces femmes ne sont ni silencieuses ni inactives : elles parlent, cherchent de l’aide, s’adaptent et tentent de résister. Mais ces stratégies ne suffisent souvent pas à enrayer les violences, surtout en l’absence d’un accompagnement adéquat », souligne le Dr Escard.

De quoi parle-t-on ?

Critiques constantes, dénigrement, contrôle, jalousie excessive, isolement, manipulation émotionnelle : les violences psychologiques prennent des formes variées, souvent banalisées. Elles restent, en outre, peu visibles sur le plan juridique. « La plupart d'entre elles ne sont pas reconnues pénalement, ce qui complique l’accès à l’aide », rappelle le Dr Escard.

Au-delà de la souffrance psychique, elles affectent durablement l’estime de soi et la régulation émotionnelle, tout en préparant un terrain propice aux comportements à risque, notamment la consommation de substances. La période suivant une séparation apparaît particulièrement critique, car les agressions psychologiques peuvent s’intensifier dans un contexte de précarisation économique, de conflits autour des enfants et de procédures judiciaires.

Former pour mieux accompagner

Ces constats ont débouché sur la mise en place d’un programme de formation inédit en Suisse romande, dès 2026, à Genève et à Lausanne. Destinée aux professions de la santé, du social, de la police et de la justice, cette formation hybride, élaborée par l’UIMPV et cofinancée par le Bureau fédéral de l’égalité dans sa mise en place, combine une journée en présentiel et un dispositif en ligne avec l’Université de Genève. Elle vise à renforcer les capacités de détection, promouvoir des approches sensibles aux traumatismes et aux inégalités de genre et améliorer la coordination des prises en charge, conformément aux recommandations de la Convention d’Istanbul. « Sans une compréhension fine des dynamiques de contrôle et d’emprise, le risque est de minimiser la violence ou de proposer des interventions inadaptées », conclut le Dr Escard.

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  • Fitaire Clémentine

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