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  • Fitaire Clémentine

Nouvelle consultation dédiée au chemsex

Depuis septembre 2025, le Service des maladies infectieuses propose une consultation spécialisée pour les personnes pratiquant le chemsex. Elle offre un accompagnement individualisé, transdisciplinaire et non jugeant.

Le chemsex, contraction de chemical (drogue) et sex, désigne l’usage de substances psychoactives dans un cadre sexuel, souvent recherché pour la désinhibition ou l’intensification sensorielle. Cette pratique, décrite principalement dans la communauté des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), concernerait jusqu’à 15% de cette population. Si elle peut être vécue positivement par certains, elle expose aussi à des risques de dépendance, violences, overdoses ou encore infections sexuellement transmissibles (IST). Bien que le Checkpoint Genève (centre de santé LGBTQIA+) offre déjà un accompagnement aux personnes ayant recours au chemsex, ses ressources ne permettent pas de répondre à tous les besoins. Cette consultation s’inscrit donc dans une dynamique de prévention et de prise en charge pluridisciplinaire.

Écoute et accompagnement

Elle s’adresse à toute personne souhaitant parler de sa pratique, qu’elle soit occasionnelle ou régulière, et cherchant soutien, orientation ou écoute bienveillante. « Jusqu’à présent, les personnes touchées sont le plus souvent mal orientées en raison de la méconnaissance du personnel soignant sur le sujet, de la double stigmatisation liée à la communauté LGBTQIA+ et à la consommation de substances ainsi que du manque de propositions de prise en soins spécialisée », constate le Dr Matteo Reymond, médecin interne et référent de cette consultation. À terme, l’objectif est d’élargir l’accès et de prévenir plus tôt les situations complexes. « Mon souhait serait que chaque personne pratiquant le chemsex sache où s’adresser, même en dehors d’une urgence. Nous voyons encore trop souvent des personnes en détresse ou en errance », ajoute le Dr Matteo Reymond.

Un suivi personnalisé

Chaque parcours débute par une évaluation médicale en vue de cerner les besoins. Cette discussion aborde différents sujets en lien avec l’addictologie, la sexologie, la santé mentale ou encore les risques liés à la consommation. L’équipe est composée d’une infirmière spécialisée, une psychologue-sexologue, un médecin et deux addictologues du Service de médecine de premier recours, qui collaborent avec tous les services pouvant prendre en charge ces patients. « Le chemsex est un phénomène multidimensionnel qui ne peut être abordé par un ou une seule professionnelle. Notre ambition est d’offrir un accompagnement coordonné, intégrant tous les aspects du sujet », précise le Dr Reymond. Un suivi est ensuite planifié à trois ou quatre mois pour assurer la continuité du soutien. Les proches sont également accueillis, car leur implication constitue un levier majeur de stabilisation.

Une dynamique partenariale

Soutenue par la Fondation privée des HUG, la consultation s’appuie sur un réseau intra et extrahospitalier en cours d’élaboration. Des collaborations se développent avec les services d’urgence, de psychiatrie, de médecine de premier recours et de soins intensifs. « L’objectif est d’identifier, dans chaque secteur pouvant être confronté à la pratique du chemsex, des personnes référentes capables de repérer précocement les patients concernés et de les orienter », explique le Dr Reymond. Cette dynamique s’étend aussi à la ville où les échanges se multiplient avec la médecine de première ligne.

En parallèle, une collaboration forte est établie avec Checkpoint Genève. Loïc Michaud, infirmier responsable du Checkpoint et ancien usager, propose un accompagnement par des pairs aux HUG en plus des groupes de parole déjà en place au Checkpoint. « La consultation des HUG souhaite compléter l’offre de prise en charge avec un lien proche de la communauté », observe le Dr Reymond.

15 %

La proportion estimée d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes qui pratiquent le chemsex.

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  • Fitaire Clémentine
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